Acte II — CNRD 2025–2026

Le procès de Nuremberg

Les accusés dans le box, les preuves documentaires, la défense et les verdicts. Novembre 1945 — octobre 1946.

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Avant le procès : les accusés face à leur sort
Photographie · Defendants in the dock at Nuremberg · Nov. 1945 · NARA RG 238
Photographie · Defendants in the dock at Nuremberg · Nov. 1945 · NARA RG 238

S17 — Les accusés dans le box

Séquence 5 — Avant le procès : les accusés face à leur sort

Photographie des accusés dans le box — nov. 1945 — NARA RG 238

Tableau des 22 accusés et de leurs fonctions dans le Reich

Pour la première fois, des dirigeants d’État répondent personnellement de leurs actes

Vingt-deux hommes, assis dans un box, sous la lumière froide de la salle 600. Ce ne sont pas des anonymes : ce sont le Reichsmarschall, le ministre des Affaires étrangères, le chef de la Gestapo, le gouverneur de la Pologne occupée. Pour la première fois dans l’histoire du droit, des dirigeants d’État sont contraints de répondre individuellement de ce qu’ils ont ordonné, organisé et couvert. La défaite militaire est derrière eux. Devant eux : des juges, des preuves, et l’histoire.

Photographie • Defendants in the dock at Nuremberg • Nov. 1945 • NARA / USHMM • ushmm.org

Document • Liste officielle des 22 accusés du TMI • oct. 1945 • Harvard HLSL • nuremberg.law.harvard.edu

S17

S18 — Capturer les hommes, préparer le procès

Séquence 5 — Avant le procès : les accusés face à leur sort

Mai 1945Arrestations des hauts dirigeants nazis (Göring, Keitel, Ribbentrop...)
18–19 oct. 1945Acte d’accusation rédigé et remis aux 22 accusés en allemand
20 nov. 1945Ouverture du procès en salle 600

Mai 1945 → 20 novembre 1945 : de la capture à l’ouverture

Juin–août 1945 Opération Ashcan — internement à Mondorf-les-Bains (Luxembourg)

8 août 1945 Charte de Londres — création du Tribunal militaire international

Acte d’accusation du 18 octobre 1945 Harvard HLSL / NARA RG 238

Six mois pour bâtir un procès sans précédent

En moins de six mois, les Alliés construisent une procédure inédite. Les hommes qui dirigeaient encore le Reich quelques semaines plus tôt sont désormais détenus, soumis à des examens psychiatriques, accusés en quatre langues. Chaque étape — l’arrestation, l’internement, la Charte de Londres, l’acte d’accusation — dit la même chose : la justice ne laissera pas le temps à l’effacement.

Document juridique • Acte d’accusation du TMI • 18 octobre 1945 • Harvard HLSL • nuremberg.law.harvard.edu

S18
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Avant le procès

S18b — Gustave Gilbert : le psychologue qui a tout vu

Séquence 5 — Avant le procès

“Evil, I think, is the absence of empathy.”

Portrait Gilbert Armée américaine / NARA

Gustave M. GILBERT

Psychologue de la prison de Nuremberg • 1911–1977

Officier de renseignement américain et psychologue clinicien, Gilbert est désigné psychologue officiel de la prison de Nuremberg en octobre 1945. Il a libre accès à toutes les cellules, parle couramment l’allemand, et noue un contact quotidien avec chacun des 22 accusés. Ce qu’il observe — leurs réactions face aux chefs d’accusation, leurs commentaires pendant les audiences, leurs comportements nocturnes — il le consigne dans un journal qui deviendra le Nuremberg Diary (1947). Il administre également des tests psychologiques standardisés : Rorschach et tests de QI. Les résultats sont troublants : tous les accusés présentent des QI supérieurs à la moyenne. Göring obtient 138. Aucun ne présente de pathologie psychotique classique. Gilbert en tire une conclusion qui va marquer la pensée du XXe siècle : les crimes nazis ne sont pas le fait de monstres cliniquement fous, mais d'hommes ordinaires placés dans un système extraordinaire.

“Evil, I think, is the absence of empathy.”

Citation • Gilbert, Nuremberg Diary • 1947 • Farrar, Straus and Company

S18b

S18c — La Conférence de Londres : l'acte d'accusation s'invente

Séquence 5 — Avant le procès

Procès-verbaux Conférence de Londres Harvard HLSL Vol. 1 — juin-août 1945

Été 1945 : quatre nations, quatre systèmes juridiques, un seul procès à inventer

Entre juin et août 1945, les représentants des États-Unis (Jackson), du Royaume-Uni (Maxwell-Fyfe), de la France (de Menthon) et de l’URSS (Nikitchenko) se réunissent à Londres pour construire la Charte du TMI. Le défi est colossal : il faut concilier la common law anglo-américaine (orale, contradictoire), le droit civil continental français (écrit, inquisitorial) et le droit soviétique (procès politique, verdict présumé). Les tensions sont vives. Nikitchenko refuse l’égalité des armes entre accusation et défense. Jackson insiste sur la publicité des débats. De Menthon veut que les crimes contre la paix soient le chef principal. Le résultat — la Charte de Nuremberg du 8 août 1945 — est un compromis inédit qui invente une nouvelle catégorie juridique : le crime contre l’humanité. Ce moment est la fondation du droit pénal international.

Le 8 août 1945 : la Charte de Nuremberg crée trois catégories de crimes qui n'existaient pas en droit positif

Crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l’humanité — trois définitions qui fondent encore aujourd’hui le droit international pénal.

Document • Procès-verbaux Conférence de Londres • juin-août 1945 • Harvard HLSL Vol. 1 • nuremberg.law.harvard.edu

S18c
6
L’ouverture du procès de Nuremberg

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S19 — Le 20 novembre 1945 : l’ouverture du procès

Séquence 6 — L’ouverture du procès de Nuremberg

Salle 600, Palais de Justice de Nuremberg — 20 novembre 1945 NARA RG 238 / USHMM

Pour la première fois, des chefs d’État s’assoient dans un box d’accusés

10 heures du matin. La salle 600 du Palais de Justice de Nuremberg est comble. 325 journalistes accrédités du monde entier. Des projecteurs de cinéma. Huit juges en robes noires. Dans le box, vingt-deux hommes qui dirigeaient encore l’Europe quelques mois plus tôt. Hermann Göring ajuste ses lunettes. Rudolf Hess regarde le plafond. Le greffier appelle : "Le Tribunal militaire international est en séance." Le procès commence.

Photographie • Salle 600, ouverture du TMI • 20 nov. 1945 • NARA RG 238 • archives.gov

S19

S20 — Jackson : le discours qui fonde un droit nouveau

Séquence 6 — L’ouverture du procès de Nuremberg

“The wrongs which we seek to condemn and punish have been so calculated, so malicious and so devastating, that civilization cannot tolerate their being ignored, because it cannot survive their being repeated.”tement lisible]”

Un discours qui construit la légitimité du tribunal devant l’histoire

Jackson ne commence pas par les faits — il commence par la légitimité. En trois phrases, il pose la question centrale : peut-on laisser impunis des crimes d’une telle ampleur ? Sa réponse est juridique et morale à la fois : la civilisation ne peut pas survivre à leur répétition. C’est pourquoi un tribunal est nécessaire — pas la vengeance, mais la preuve. Chaque mot sera pesé, traduit en quatre langues, transcrit. Ce discours devient la pierre fondatrice du droit pénal international.

Transcription du discours Jackson Harvard HLSL Vol. 2

Discours • Jackson, Opening Statement TMI • 21 nov. 1945 • Harvard HLSL Vol. 2 • nuremberg.law.harvard.edu

“The wrongs which we seek to condemn and punish have been so calculated, so malicious and so devastating, that civilization cannot tolerate their being ignored, because it cannot survive their being repeated.”tement lisible]”

S20

S21 — Les juges et les procureurs : quatre nations, un tribunal

Séquence 6 — L’ouverture du procès de Nuremberg

Tableau officiel des juges et procureurs Harvard HLSL / Archives nationales

Quatre délégations nationales pour juger les crimes du III’ Reich

JUGES — Président : Lord Geoffrey Lawrence (UK) • Juge UK : Sir Norman Birkett • Juge US : Francis Biddle • Juge US (suppléant) : John J. Parker • Juge URSS : Iona Nikitchenko • Juge URSS (suppléant) : Alexander Volchkov • Juge France : Henri Donnedieu de Vabres • Juge France (suppléant) : Robert Falco PROCUREURS — Robert H. Jackson (États-Unis) • Sir Hartley Shawcross (Royaume-Uni) • Roman Rudenko (URSS) • François de Menthon puis Auguste Champetier de Ribes (France)

Une architecture inédite : quatre nations alliées, hier ennemies pour certaines, siègent ensemble

L’URSS avait elle-même conclu le Pacte Molotov-Ribbentrop avec le Reich en 1939. La présence du juge soviétique Nikitchenko, qui avait présidé les procès de Moscou (1936-1938), soulève des tensions immédiates sur la légitimité du tribunal.

Document • Liste officielle juges et procureurs du TMI • 1945 • Harvard HLSL • nuremberg.law.harvard.edu

S21
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Les preuves documentaires

S22 — Les plaidoyers des accusés : tous non coupables

Séquence 7 — Les preuves documentaires

Transcription des plaidoyers, 20-21 nov. 1945 Harvard HLSL Vol. 2

Vingt-deux "non coupables" — mais pas pour les mêmes raisons

Le 20 novembre 1945, l’acte d’accusation est lu. Le lendemain, chaque accusé est appelé à la barre pour enregistrer son plaidoyer. Les vingt-deux répondent "non coupable" — mais les déclarations varient considérablement. Göring : "Ich bekenne mich im Sinne der Anklage nicht schuldig" (non coupable au sens de l’accusation) — formulation délibérément restrictive. Ribbentrop : nie avoir su. Frank : plaidera coupable moralement mais pas juridiquement, avant de se rétracter. Keitel : "Je me conformais aux ordres." Hess : suscite un moment de stupeur — il déclare perdre la mémoire. Un examen médical est ordonné le jour même. Le 30 novembre, les médecins concluent à une amnésie simulée. Hess retrouve soudainement la mémoire.

Le cas Rudolf Hess : amnésie simulée et jeu politique

Hess avait fui en Écosse en 1941. Capturé, internalisé. À Nuremberg il joue l’amnésie pour compliquer la procédure — stratégie transparente, déjouée en 10 jours.

Transcription • Plaidoyers des accusés, TMI • 20-21 nov. 1945 • Harvard HLSL Vol. 2 • nuremberg.law.harvard.edu

S22

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S23 — 4 000 documents : le nazisme face à sa propre écriture

Séquence 7 — Les preuves documentaires

Table des pièces à conviction, salle 600 NARA RG 238

La stratégie de Jackson : laisser les nazis se condamner eux-mêmes

Jackson fait un choix délibéré : construire l’accusation sur les documents produits par le régime nazi lui-même. Plus de 4 000 pièces à conviction sont présentées — télégrammes, ordres, rapports, procès-verbaux, journaux officiels, correspondances entre ministères. Ce choix est à la fois juridique et rhétorique : il rend impossible toute contestation sur l’authenticité des faits. Les accusés ne peuvent pas dire "c’est un mensonge" — c’est leur propre administration qui a tout écrit, classé, archivé. Le IIIe Reich a produit une bureaucratie du crime d’une précision exceptionnelle. À Nuremberg, cette précision se retourne contre ses auteurs.

La bureaucratie du crime retournée contre ses auteurs

L’efficacité administrative nazie devient la preuve irréfutable de la préméditation et de l’organisation systématique des crimes.

Archive • Table des pièces à conviction TMI • 1945-1946 • NARA RG 238 • archives.gov

S23

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S24 — Les rapports Einsatzgruppen : la preuve de l’extermination

Séquence 7 — Les preuves documentaires

“Sonderkommando 4a [...] hat bis zum 6.11.1941 insgesamt 75 000 Juden exekutiert.”

La mort comptabilisée : quand la bureaucratie nazie documente le génocide

Les rapports des Einsatzgruppen — unités mobiles d’extermination opérant à l’Est — sont parmi les documents les plus accablants présentés à Nuremberg. Rédigés comme de simples rapports administratifs, ils comptabilisent les exécutions de masse avec une précision glaçante : dates, lieux, nombre de victimes par catégorie (hommes, femmes, enfants). Le document PS-2273 recense les opérations du groupe C en Ukraine. Ce n’est pas un document secret saisi de force — c’est un rapport de routine envoyé à Berlin. La systématicité est totale, la préméditation indiscutable. À la barre, aucun accusé ne peut nier l’authenticité de documents produits par leur propre administration.

Première page rapport Einsatzgruppe C PS-2273 — NARA RG 238

Document • Rapport Einsatzgruppe C, PS-2273 • 7 nov. 1941 • NARA RG 238 / Harvard HLSL • nuremberg.law.harvard.edu

“Sonderkommando 4a [...] hat bis zum 6.11.1941 insgesamt 75 000 Juden exekutiert.”

S24

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S25 — Filmer pour juger : les films comme preuves

Séquence 7 — Les preuves documentaires

Projection de Nazi Concentration Camps salle 600, nov. 1945 — NARA 111-ADC-7521

29 novembre 1945 : la salle 600 regarde les camps

Pour la première fois dans l’histoire judiciaire, des films sont présentés comme pièces à conviction. Le 29 novembre 1945, Nazi Concentration Camps est projeté en salle 600. Tourné par les unités militaires américaines, britanniques et soviétiques lors de la libération des camps entre avril et mai 1945, le film dure 1h40. Il montre les corps, les fours, les survivants squelettiques, les témoins civils allemands contraints par l’armée américaine de traverser les camps. La salle est silencieuse. Plusieurs accusés baissent la tête ou ferment les yeux. Le lendemain, The Nazi Plan est projeté — un montage de films de propagande nazie présentés par les nazis eux-mêmes, retournés contre eux.

Les réactions des accusés : consignées par Gilbert, psychologue du tribunal

Göring : "C’est un montage américain." Funk : pleure. Frank : "Après ce que j’ai vu, j’ai honte d’être allemand." Fritzsche : "Aucun acquittement possible après ça."

Film • Nazi Concentration Camps • nov. 1945 • NARA 111-ADC-7521 • archives.gov

S25

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S23b — Quand le régime se retrouve face à sa propre écriture

Séquence 7 — Les preuves documentaires

Box des accusés, réaction face aux documents NARA RG 238 — nov. 1945

Le moment où les nazis lisent leurs propres ordres

Novembre 1945. Le procureur américain Ralph Albrecht pose devant Göring un télégramme. Göring le reconnaît — c’est sa signature. Il le lit. La salle est silencieuse. Ce moment se répète des dizaines de fois pendant les neuf mois du procès. Chaque document présenté est un miroir tendu à son auteur. Funk s’effondre quand on lui montre les listes de dépôts à la Reichsbank — dents en or, bijoux, billets — arrachés aux victimes des camps. Il pleure. Frank écoute la lecture de son journal et ne dit rien. Ribbentrop regarde fixement le mur. Keitel se raidit et répond mécaniquement. Göring seul contre-attaque — contextualise, réinterprète, nie le sens évident des mots. Mais même Göring, quand Maxwell-Fyfe lui lit le télégramme sur la "solution globale de la question juive" signé de sa main, ne répond pas immédiatement. Gilbert note dans son Diary : "Pour la première fois depuis le début du procès, Göring semble chercher ses mots."

Photographie • Box des accusés pendant la présentation des preuves • nov. 1945 • NARA RG 238 • archives.gov

S23b

S23c — Le Protocole de Wannsee lu à la barre

Séquence 7 — Les preuves documentaires

“Im Zuge dieser Endlösung der europäischen Judenfrage kommen [...] 11 000 000 Juden in Betracht.”

Onze millions de noms : le moment où le génocide devient un chiffre administratif

Le Protocole de Wannsee est lu pour la première fois publiquement lors du procès, le 20 décembre 1945. L’avocat américain Thomas Dodd lit à haute voix devant la salle 600 : "Im Zuge dieser Endlösung der europäischen Judenfrage kommen rund 11 Millionen Juden in Betracht." (Dans le cadre de cette solution finale de la question juive européenne, environ 11 millions de Juifs sont concernés.) Puis il lit la liste pays par pays — Allemagne 131 800, Autriche 43 700, France 165 000, Pays-Bas 160 800... La salle est silencieuse. Le document ne dit pas "tuer". Il dit "traitement spécial", "évacuation vers l’Est". Mais les chiffres — 11 millions — disent tout. Jackson commente : "Ce document prouve que la Shoah n’était pas une série d’actes isolés mais une politique d’État planifiée au plus haut niveau."

Protocole de Wannsee, PS-2586 20 jan. 1942 — NARA

Document • Protocole de Wannsee, PS-2586 • 20 jan. 1942 • NARA / Harvard HLSL • nuremberg.law.harvard.edu

“Im Zuge dieser Endlösung der europäischen Judenfrage kommen [...] 11 000 000 Juden in Betracht.”

S23c
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La défense

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S26 — Quatre stratégies, une même impossibilité : la défense face au droit de Nuremberg

Séquence 8 — La défense

Hermann Göring à la barre avril 1946 — NARA RG 238

Albert Speer à la barre 1946 — NARA RG 238

Göring : défier le tribunal. Speer : s'en dissocier. Deux logiques, deux destins.

Quatre lignes de défense : obéissance aux ordres (Keitel, Jodl), ignorance revendiquée (Ribbentrop, Funk, Speer), illégitimité du tribunal (Hess), défi frontal (Göring). Aucune ne convainc sur l’essentiel — mais leurs effets divergent : Speer obtient 20 ans quand Keitel et Jodl sont pendus. Le procès pose un principe : il n’existe pas de défense valable pour les crimes contre l’humanité.

Photographie • Göring à la barre, TMI • avril 1946 • NARA RG 238 • archives.gov

Photographie • Speer à la barre, TMI • 1946 • NARA RG 238 • archives.gov

S26

S27 — Göring à la barre : le seul accusé qui défie le tribunal

Séquence 8 — La défense

“Ich habe immer nach meinem Gewissen gehandelt. Ich habe getan, was ich für richtig hielt für mein Volk.”

Deux jours à la barre : Göring transforme son procès en tribune politique

Le 13 mars 1946, Göring entre dans le box des témoins. Ce qu’il fait pendant deux jours est sans précédent dans l’histoire judiciaire : il prend le contrôle de son interrogatoire. Face à Jackson, il contre-attaque, explique, contextualise, nie sans jamais paraître sur la défensive. Jackson est déstabilisé — à plusieurs reprises il ne parvient pas à obtenir une réponse simple. La presse internationale couvre le duel. Göring refuse catégoriquement l’idée qu’il aurait "obéi aux ordres" — il affirme avoir agi par conviction. Cette stratégie est à double tranchant : elle l’empêche d’invoquer la contrainte, mais lui permet de se présenter comme un homme d’État plutôt qu’un criminel. C’est Maxwell-Fyfe qui brise finalement sa maîtrise, en l’acculant sur les transferts de Juifs néerlandais vers les camps.

Transcription interrogatoire Göring Harvard HLSL Vol. 9

Transcription • Déposition Göring, TMI • 18 mars 1946 • Harvard HLSL Vol. 9 • nuremberg.law.harvard.edu

“Ich habe immer nach meinem Gewissen gehandelt. Ich habe getan, was ich für richtig hielt für mein Volk.”

S27

S28 — L'effondrement de la défense : Maxwell-Fyfe reprend Göring

Séquence 8 — La défense

Le 20 mars 1946 : Sir David Maxwell-Fyfe brise la maîtrise de Göring

Après deux jours pendant lesquels Jackson a peiné à contenir Göring, le procureur britannique Sir David Maxwell-Fyfe prend le relais le 20 mars 1946. Sa méthode est radicalement différente : questions courtes, précises, documentées. Il cible un point spécifique — les déportations de Juifs néerlandais. Göring avait affirmé ne pas avoir eu connaissance des ordres d’extermination. Maxwell-Fyfe lui lit un télégramme signé de sa propre main ordonnant le transfert de Juifs vers les camps à l’Est. La salle se fige. Göring tente de distinguer "transfert" et "extermination" — Maxwell-Fyfe lui coupe la parole et lui relit le document. C’est le moment où la défense de Göring s’effondre. Il ne retrouvera plus jamais la maîtrise du débat qu’il avait affichée face à Jackson.

Pourquoi la méthode de Maxwell-Fyfe réussit là où Jackson avait échoué

Jackson cherchait à argumenter. Maxwell-Fyfe cherchait à documenter. La différence est décisive : on ne peut pas débattre d’un document signé de sa propre main.

Transcription • Contre-interrogatoire Maxwell-Fyfe/Göring • 20 mars 1946 • Harvard HLSL Vol. 9 • nuremberg.law.harvard.edu

S28
9
Les verdicts

S29 — Le jugement : la responsabilité individuelle formulée pour l'histoire

Séquence 9 — Les verdicts

“Crimes against international law are committed by men, not by abstract entities, and only by punishing individuals who commit such crimes can the provisions of international law be enforced.”

Le principe fondateur : l'État ne peut plus être un bouclier

Le 1er octobre 1946, le jugement du TMI est rendu après dix mois d’audience. Son texte fondateur tient en une idée : les crimes internationaux sont commis par des hommes, pas par des entités abstraites. Ce principe brise pour la première fois le dogme de la souveraineté étatique absolue. Jusqu’à Nuremberg, un chef d’État pouvait invoquer l’immunité souveraine pour tout acte commis au nom de l’État. Nuremberg répond : il existe des crimes si graves que nul titre, nulle fonction, nulle loi nationale ne peut en immuniser l’auteur. Ce principe devient la colonne vertébrale du droit pénal international — il est repris dans les Principes de Nuremberg (1950), dans le Statut de Rome (1998), dans tous les tribunaux pénaux internationaux qui suivent.

Texte du jugement TMI Harvard HLSL Vol. 22

Jugement • TMI, texte officiel du jugement • 1er oct. 1946 • Harvard HLSL Vol. 22 • nuremberg.law.harvard.edu

“Crimes against international law are committed by men, not by abstract entities, and only by punishing individuals who commit such crimes can the provisions of international law be enforced.”

S29

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S30 — 1er octobre 1946 : le monde retient son souffle

Séquence 9 — Les verdicts

Salle 600 — lecture des verdicts 1er octobre 1946 — NARA RG 238

À 9h00, le président Lawrence ouvre la dernière audience du TMI

Le 1er octobre 1946. La salle 600 est comble depuis l’aube. Dans les rues de Nuremberg, des haut-parleurs ont été installés. À Londres, Paris, Varsovie, Moscou, des milliers de personnes se pressent autour des postes de radio. La BBC retransmet en direct. À New York, le New York Times a placé ses correspondants dans la salle et à Paris pour des éditions spéciales. À 9h00, le président Lawrence entre. Les 21 accusés présents se lèvent — Bormann est jugé par contumace. Lawrence lit le jugement depuis le début : la Charte, la compétence du tribunal, les faits établis. Il faut des heures avant d’arriver aux verdicts individuels. Göring écoute droit, les bras croisés. Hess lit un roman. Ribbentrop tremble visiblement. À 14h50, Lawrence prononce les premiers verdicts. Les condamnés à mort entendent leur sentence sans broncher — presque tous. Ribbentrop s’effondre. Frank hoche la tête. Keitel fixe le vide.

Photographie • Salle 600, lecture des verdicts • 1er oct. 1946 • NARA RG 238 • archives.gov

S30

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S31 — "La honte de l'Allemagne" : réactions à travers le monde

Séquence 9 — Les verdicts

“Nuremberg a rendu la justice. Nuremberg ne rend pas la paix. La paix exige plus que des verdicts.”

Trois acquittements choquent les victimes. Vingt ans pour Speer choque les historiens.

Le 1er octobre 1946, les verdicts sont retransmis en direct à la radio dans 55 pays. Les réactions divergent radicalement selon les continents et les histoires. En France, en Pologne, aux Pays-Bas — pays occupés — l’opinion majoritaire juge les peines insuffisantes : trois acquittements sont vécus comme un scandale. Dans la presse israélienne et les organisations de survivants, la question est plus radicale : un procès peut-il suffire pour des crimes de cette ampleur ? En Allemagne, le silence. La presse alliée contrôle les journaux — mais les sondages américains en zone occupée montrent que 78% des Allemands considèrent le procès "équitable". En URSS, la Pravda critique les acquittements et publie l’opinion dissidente de Nikitchenko. Aux États-Unis, le New York Times titre : "Nazi chiefs hanged" — l’exécution prime sur le jugement.

Presse internationale — 1-3 oct. 1946 BBC / NYT / Le Monde / Pravda

Presse • Le Monde, éditorial du 3 octobre 1946 • Le Monde Archives

“Nuremberg a rendu la justice. Nuremberg ne rend pas la paix. La paix exige plus que des verdicts.”

S31

S32 — Les 12 condamnés à mort : chef par chef

Séquence 9 — Les verdicts

Jugement TMI — verdicts individuels Harvard HLSL Vol. 22

Douze condamnations à mort : les chefs retenus et ce qu'ils signifient

Göring : chefs 1, 2, 3, 4 — complot, crime contre la paix, crime de guerre, crime contre l’humanité. Ribbentrop : chefs 1, 2, 3, 4. Keitel : chefs 1, 2, 3, 4. Kaltenbrunner : chefs 3, 4. Rosenberg : chefs 1, 2, 3, 4. Frank : chefs 3, 4. Frick : chef 4. Streicher : chef 4 (seul condamné uniquement pour incitation au génocide par la propagande). Sauckel : chefs 3, 4. Jodl : chefs 1, 2, 3, 4. Seyss-Inquart : chefs 2, 3, 4. Bormann : chefs 3, 4 (par contumace). Le chef 4 (crimes contre l’humanité) est retenu pour dix des douze condamnés — c’est la première fois dans l’histoire judiciaire que ce chef, créé trois mois plus tôt à Londres, aboutit à une condamnation à mort.

Streicher : condamné uniquement pour ses écrits — un précédent fondateur pour le droit international

Condamner Streicher pour ses articles dans Der Stürmer établit que l’incitation publique et systématique au génocide constitue un crime contre l’humanité, même sans acte d’exécution direct.

Jugement • TMI, verdicts individuels • 1er oct. 1946 • Harvard HLSL Vol. 22 • nuremberg.law.harvard.edu

S32

S33 — Prison à vie, peines intermédiaires, acquittements : la logique du tribunal

Séquence 9 — Les verdicts

Jugement — peines de prison Harvard HLSL Vol. 22

Jugement — acquittements Harvard HLSL Vol. 22

Trois prisonniers à vie. Quatre peines intermédiaires. Trois acquittements. Chaque décision est un raisonnement.

Prison à vie : Hess (chefs 1, 2 — aucun crime contre l’humanité retenu, car il avait quitté l’Allemagne en 1941), Funk (chefs 2, 3, 4), Raeder (chefs 1, 2, 3). Peines intermédiaires : Dönitz 10 ans (chef 3 seulement — la guerre sous-marine n’est pas unanimement condamnée), Neurath 15 ans, Schirach 20 ans, Speer 20 ans. Acquittements : Schacht (accusation de complot non prouvée, son rôle avant 1937 examiné séparément), von Papen (même logique), Fritzsche (la propagande sans lien direct avec les crimes établis). Les acquittements déclenchent l’opinion dissidente soviétique de Nikitchenko — publiée intégralement avec le jugement.

Jugement • TMI, peines de prison • 1er oct. 1946 • Harvard HLSL Vol. 22 • nuremberg.law.harvard.edu

Jugement • TMI, acquittements et dissidence Nikitchenko • 1946 • Harvard HLSL Vol. 22 • nuremberg.law.harvard.edu

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S34 — La nuit du 15 au 16 octobre 1946

Séquence 9 — Les verdicts

Gymnase de la prison de Nuremberg 16 octobre 1946 — NARA RG 238

À 22h44, Göring avale le cyanure. À 1h11, Ribbentrop monte à l'échafaud.

Le 15 octobre 1946, à 22h44. Le gardien qui fait sa ronde toutes les dix minutes passe devant la cellule de Göring. Il est allongé, immobile. Deux minutes plus tard, il est mort. Une capsule de cyanure. Personne ne sait encore comment il se l’est procurée. Les dix condamnés à mort restants apprennent la nouvelle — certains le sauront seulement au pied de l’échafaud. À 1h11 du matin, le 16 octobre, Joachim von Ribbentrop est le premier à être pendu dans le gymnase de la prison. Le bourreau est le sergent américain John C. Woods — exécuteur controversé, connu pour ses pendaisons bâclées. Il faut 10 à 13 minutes à certains condamnés pour mourir, au lieu des quelques secondes habituelles. Les corps sont photographiés pour la presse mondiale. Le lendemain, ils sont incinérés. Les cendres sont déversées dans l’Isar, affluent de l’Ammer, pour qu’il n’existe aucun lieu de mémoire, aucun tombeau susceptible de devenir un lieu de culte nazi.

Photographie • Gymnase de la prison de Nuremberg, après les exécutions • 16 oct. 1946 • NARA RG 238 • archives.gov

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